Phénomène éditorial et politique outre-Atlantique, le livre Abundance d’Ezra Klein et de Derek Thompson vient d’être publié en français1. Alexandre Ouizille, sénateur de l’Oise, livre son analyse sur la thèse de l’essai, montrant qu’il s’inscrit avant tout dans une histoire américaine. Pour lui, il offre des réponses insuffisantes, fait parfois fausse route, mais présente le mérite de nous forcer à repenser des démocraties capables d’embarquer leur population dans un projet modernisateur et majoritaire.
Nous y sommes. Abondance2 a traversé l’Atlantique. Par sa traduction aux éditions Arpa et par la note que lui consacre la Fondation Jean-Jaurès, le livre d’Ezra Klein et de Derek Thompson entre pleinement dans le débat français. Pourtant, l’ouvrage ne se laisse pas aisément détacher de son contexte d’écriture. Abondance est d’abord et avant tout une histoire américaine.
La thèse du livre ne vient pas de nulle part. Les prémices en ont été posées par des membres de l’administration Biden, notamment Brian Deese, directeur du National Economic Council de 2021 à 2023, et Janet Yellen, la secrétaire au Trésor, lors de l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. L’un comme l’autre sont effectivement convaincus qu’une simple politique de redistribution, telle qu’appliquée par la gauche depuis plus de vingt ans, ne résoudra aucun des problèmes structurels de l’économie américaine. Tout au plus parviendra-t-elle à augmenter temporairement le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes. Mais ces augmentations serviront finalement à la consommation de biens produits à l’étranger, et notamment des produits chinois qui inondent depuis de nombreuses années le marché national. Il n’y aura pas d’investissements supplémentaires dans l’économie, pas de création d’entreprises et d’usines nouvelles, et donc pas d’emplois non plus.
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