Les conservateurs et les réactionnaires ne doivent pas être confondus : les premiers défendent la démocratie libérale, quand les seconds s’attaquent à ses fondements. Mais le conservatisme est-il encore, aujourd’hui, une force politique et intellectuelle ?
Le succès planétaire de l’extrême droite est aujourd’hui une évidence. En dépit de séquences surprenantes comme l’élection de Donald Trump en 2016, ce succès est le fruit d’une tendance longue et bien documentée par la science politique. [1] L’arrivée au pouvoir de l’extrême droite rend visibles et audibles des transformations du champ intellectuel de la droite qui passaient auparavant sous les radars. [2] En particulier, l’hégémonie culturelle et politique des États-Unis place les projecteurs sur la nébuleuse d’intellectuels et d’influenceurs réactionnaires qui gravitent autour du trumpisme. [3] À gauche, on s’est beaucoup interrogé sur les raisons du succès de l’extrême droite, et une grande partie de ces interrogations se sont tournées vers la gauche elle-même. Qu’est-ce que la gauche a raté ? Le social-libéralisme était-il une impasse ? A-t-on délaissé les classes populaires ? Ce qu’on s’est moins demandé, c’est : qu’est-ce qui a dysfonctionné à droite ? Pourquoi la droite conservatrice, avec laquelle l’alternance politique était envisageable, s’est-elle montrée incapable de résister à la montée des idées réactionnaires ?
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